L’assemblée générale annuelle de l’AJL s’est tenue samedi 27 janvier 2024. Les membres ont élu un nouveau conseil d’administration et un nouveau bureau pour deux ans, composé de Coline Folliot et Laura Thouny pour la coprésidence, Lilo Pepy et Sébastien Sass pour le cosecrétariat, Floréane Marinier et Thibault Lambert pour la cotrésorerie.

En dix années d’existence, l’Association des journalistes LGBTQIA+ est devenue incontournable pour la profession. Une charte contre les LGBTIphobies signée par des dizaines de médias, un kit de bonnes pratiques diffusé dans les rédactions, cinq cérémonies des OUT d’Or, des centaines d’étudiant·e·s en journalisme sensibilisé·e·s aux sujets LGBTQIA+ grâce à nos formations, de solides études sur le traitement médiatique de ces questions, une newsletter qui touche toujours plus de lecteur, des rencontres, des émissions… cette large palette d’actions a participé à promouvoir un travail journalistique plus respectueux des personnes LGBTQIA+.
Au cours de cette décennie, la communauté LGBTQIA+ a connu des avancées sociales indéniables : le mariage pour toustes, dont la couverture médiatique désastreuse fut le déclencheur de la création de l’association, n’est plus (ouvertement) remis en cause par grand monde ; la PMA a été élargie aux couples lesbiens et aux femmes seules (mais laisse toujours de côté les personnes trans) ; les droits des personnes trans ont (un peu) progressé ; une parole féministe s’est installée dans le paysage médiatique.
En parallèle, le traitement médiatique des sujets LGBTQIA+ n’a pas suffisamment évolué : si l’expression directe et frontale de l’homophobie recule, nos études ont montré qu’elle est toujours là, masquée parfois sous la façade de l’humour, et nombre d’agressions LGBTQIAphobes sont encore commises dans une indifférence qui frôle le mépris. Les personnes trans sont l’objet d’un backlash médiatique particulièrement virulent, lui aussi mis en évidence par le travail de l’AJL. L’intersexuation demeure traitée sous le prisme de la pathologisation ou de l’histoire insolite, quand elle n’est pas (la plupart du temps) invisible. Une invisibilisation d’ailleurs partagée par la grande majorité des personnes LGBTQIA+, dont les femmes lesbiennes et les personnes non binaires. Enfin, l’extension de l’empire médiatique Bolloré, déterminé à défendre une vision réactionnaire de la société, est une source majeure d’inquiétude.
Au-delà du travail des médias, l’actualité nous rappelle que les droits des personnes LGBTQIA+ sont toujours fragiles et jamais acquis. Les violences et les discriminations persistent ; le backlash transphobe n’est pas que rhétorique ; l’extrême droite progresse d’élection en élection, au point que son accession au pouvoir national semble de plus en plus probable voire admis; le gouvernement Attal, célébré par certain·e·s pour être le premier en France dirigé par une personne ouvertement gay, vu par d’autres comme une caution arc-en-ciel, compte en réalité plusieurs ministres de premier plan qui se sont illustré·e·s par leur lutte contre nos droits.
C’est pour tenter de faire face à ces défis, et dans les pas de nos prédécesseur·euse·s, que nous prenons la relève de la coprésidence de l’association, soutenues par un fantastique nouveau conseil d’administration. Avec en tête toujours cette même tâche : œuvrer à un meilleur traitement médiatique des personnes LGBTQIA+, car nous savons que la responsabilité des médias est immense et que le traitement (ou non) de ces sujets a un impact très concret sur la société, les représentations, les discriminations.
Colin Folliot et Laura Thouny, coprésidentes