Attentat à la Pride de Berlin : soyons vigilant·es face aux récupérations racistes

Rassemblement de solidarité à Pariser Platz, au lendemain de l’attentat LGBTphobe perpétré lors du CSD de Berlin le 25 juillet 2026 – Zartesbitter, CC BY 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by/4.0, via Wikimedia Commons

Alors que la communauté LGBTQIA+ participait, samedi 25 juillet, à la Pride de Berlin, appelée « Christopher Street Day » (CSD) en Allemagne, un conducteur a foncé sur la foule. L’auteur « s’est ensuite précipité sur d’autres passants, avec une arme blanche et les a également grièvement blessés », selon le ministre de l’Intérieur allemand. Une femme est morte et une trentaine de personnes ont été blessées, pour certaines grièvement. C’est toute une communauté qui est en état de choc face à ce crime de haine. Nos pensées vont à toutes les victimes, à leurs proches, et à toustes nos camarades LGBTQIA + en Allemagne.


En tant qu’Association des journalistes LGBTQIA+, nous observons avec attention le traitement médiatique de cet attentat et constatons que certains réflexes ont la vie dure : en France, de nombreuses rédactions ont repris le terme de « gay pride » utilisé dans plusieurs dépêches de l’Agence France-Presse. Cela peut sembler anodin, mais nous nous interrogeons sur ce choix désuet et inadéquat, alors même qu’il est de plus en plus rarement utilisé en France, au profit de « Pride» ou « marche des fiertés », et surtout qu’il invisibilise toute une partie des participant·es à ces manifestations.


Mais surtout, nous appelons à la vigilance.


Il y a 10 ans, l’attentat du Pulse à Orlando en Floride faisait 49 mort·es. Nous dénoncions alors le traitement médiatique de cette tuerie de masse perpétrée dans un club queer de la communauté latinx. En 2016, les rédactions françaises peinaient encore à qualifier les faits et restaient bien frileuses pour parler d’un lieu LGBTQIA+ et surtout de sa clientèle. Si une attaque est perpétrée dans un lieu communautaire, pourquoi est-il encore si difficile de parler d’un attentat contre la communauté LGBTQIA+ ? Nous le disions à l’époque, nous le répétons aujourd’hui : ce sont les victimes qui donnent leur sens aux crimes. Faut-il attendre que l’assaillant de Berlin (qui a été tué par la police) revendique avoir agi par haine LGBTphobe pour qualifier son geste, celui d’avoir foncé sur une foule rassemblée lors du plus grand événement LGBTQIA+ d’Allemagne ?

Notons que certaines qualifications semblent plus évidentes à publier que d’autres : certains médias se sont emparés avec une grande facilité de la qualification d’ « attentat terroriste islamiste ». L’appartenance présumée de l’auteur à l’Etat islamique semble donc primer sur les personnes qu’il a prises pour cible lors de cette attaque et sur le contexte dans lequel celle-ci a eu lieu. Ce choix en dit long.

Nous appelons donc les rédactions à être vigilantes sur les mots qu’elles emploient et sur la façon dont elles traitent cet événement dramatique. Nous tenons aussi à rappeler que le CSD, tout comme les marches des fiertés qui ont lieu en France et de par le monde, ne sont pas que des célébrations festives, mais avant tout des manifestations politiques.

De nombreuses associations LGBTQIA+ berlinoises et allemandes ont pris la parole lors du rassemblement qui s’est tenu ce dimanche 26 juillet devant la porte de Brandebourg. Elles ont dénoncé l’instrumentalisation de cette attaque à des fins racistes et pour stigmatiser la communauté musulmane et alerté sur la façon dont le parti d’extrême droite AfD tente de récupérer ce drame à quelques semaines d’élections régionales. Le parti d’extrême droite est pourtant largement hostile à l’extension des droits LGBTI et s’inscrit dans une vision conservatrice de la famille et du genre.


Les médias ont une responsabilité dans la banalisation des discours de haine, mais se doivent aussi de qualifier, d’analyser la récupération politique des violences LGBTIphobes par la droite et l’extrême droite, promptes à avancer un agenda anti-immigration à chaque attaque meurtrière contre la communauté LGBTQIA+, comme cela a été le cas en Norvège en juin 2022, où deux personnes ont été tuées en amont de la Marche des fiertés d’Oslo. Pour autant, c’est cette même extrême droite, quelques mois plus tard au Parlement européen, qui s’abstient ou vote contre une résolution visant à dénoncer les crimes contre les personnes LGBTQI+, à la suite d’une fusillade devant un bar gay de Bratislava en Slovaquie.


L’Association des journalistes LGBTQIA + (AJL)

Contacts presse :
Maëlle Le Corre, chargée de plaidoyer – maelle.lecorre@ajlgbt.info
Laura Thouny, coprésidente – laura@ajlgbt.info